* Tristan Da Cunha: du mythe à la réalité …Parcours iles mysterieuses

Petite carte d’identité :

Nom : Tristan da Cunha

Lieu de naissance : Océan Atlantique Sud, à la latitude 37° S, longitude 12°

Nationalité : dépendance du territoire britannique d’outre-mer de Sainte-Hélène (Royaume-Uni), située à 2 000 km au sud-sud-est de celle-ci.

Superficie : 207 km2

Démographie: 278 hab. (2001)

Signes distinctifs : en 1961, une éruption volcanique sur l’île provoqua le départ des habitants (quelques centaines de personnes), évacués au Royaume-Uni.

TRISTAN DA CUNHA_CARTE

Tristan da Cunha :

Qui dira jamais pourquoi ce nom qui sonne aussi mélancoliquement que les accents d’un fado parle tant à l’imagination ?

Pourquoi ceux qui l’entendent prononcer pour la première fois sont invariablement tentés d’ouvrir un atlas pour y rechercher le point minuscule que représente cette poussière de terre ferme dans l’immensité de l’Atlantique Sud ?

La magie d’un nom ne saurait tout expliquer à elle seule. Parce qu’elles constituent l’ultime rempart contre les souillures d’un monde surpeuplé, les dernières miettes d’un paradis perdu, les îles lointaines et isolées, celles que le commun des mortels ne connaîtra jamais qu’en rêve, exerceront éternellement une sorte de fascination sur l’homme en quête d’absolu. Et Tristan da Cunha plus que les autres par le fait qu’il s’agit de la terre habitée la plus perdue de notre planète.

Que des hommes aient pu délibérément choisir d’y faire souche, à 1500 milles nautiques du monde civilisé le plus proche, aux portes des Quarantièmes rugissants et au pied d’un immense cône volcanique, aussi sombre qu’hostile, a de quoi susciter l’interrogation des plus blasés.

Le grand Jules Verne lui-même devait d’ailleurs ressentir l’appel de cette île nimbée de mystère où il situe l’un des épisodes de ses « Enfants du Capitaine Grant ».

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C’est l’amiral portugais Tristan de Cunha ou Tristao d’Acunha qui découvrit l’île en 1506.

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Si l’on en croit les géologues, l’ancien volcan de Tristan da Cunha serait encore dans la fleur de sa jeunesse puisqu’ils situent l’arrêt de l’activité de son cratère principal à 15.000 ans et attribuent à sa structure l’âge d’un million d’années. Le grand géographe et géologue français Aubert de la Ruë a décrit l’édifice volcanique en ces termes : « Tristan da Cunha a été édifiée par des coulées basaltiques subhorizontales et des tufs rougeâtres. Des trachytes s’observent en quelques points. Le pic de Tristan est un imposant cône de scories rouges et noires. Des petits volcans adventices se dressent sur les parties tabulaires. L’existence d’un socle gneissique en profondeur semble prouvée par le découverte d’un bloc arraché au cours d’une ancienne éruption. »

Le port dont la construction s’est achevée en 1967, au prix d’une énorme dépense d’énergie, est lilliputien. La houle emarine st-elle orientée dans une direction nord/sud, que d’énormes vagues s’engouffrent et viennent se fracasser contre le quai, condamnant à la désintégration immédiate toute embarcation qui serait assez folle pour s’y risquer dans de telles conditions. Il n’est alors d’autre solution pour les navires de passage que de partir ou bien d’attendre un problématique retour du beau temps. Un beau temps qui peut se gâter en l’espace de quelques instants en sorte que les très rares visiteurs sont toujours avisés qu’ils descendent à terre à leurs risques et périls et qu’obligation leur est faite de décharger l’armateur de toute responsabilité pour le cas où ils viendraient à se blesser ou à rester prisonniers de l’île. Que dire du risque de demeurer prisonnier de l’île pendant… des semaines, voire des mois ! Les dessertes régulières sont en effet très rares. Une fois l’an seulement, généralement au mois de février, le RMS St Helena, un cargo mixte basé à Cardiff et construit aux frais du gouvernement britannique pour desservir les îles d’Ascension, de Sainte-Hélène et de Tristan da Cunha, rend visite à cette dernière. Visite très attendue mais qui peut très bien tourner court et se transformer, dans le pire des cas, en un  « trois petits tours et puis s’en va », pour peu que le mauvais temps se mette de la partie.

Les malades… On pourrait penser qu’il ne fait pas bon connaître un sérieux problème de santé en pareil cul-de-sac terrestre. Ce n’est qu’en partie vrai car le petit « Camogli Hospital », inauguré en 1961, est très convenablement équipé pour les soins de première urgence. Un médecin à demeure, détaché pour un an, et quatre infirmières formées à Sainte-Hélène où elles ont suivi un « training » étalé sur deux ans et demi, président aux destinées de l’établissement. Petite et moyenne chirurgie s’y pratiquent et, si un cas particulier vient à se poser, il reste la possibilité de communiquer par radio avec le monde extérieur pour demander conseil à d’éminents spécialistes. Dans les cas extrêmes, le malade est confié au premier navire en partance et c’est le gouvernement qui pourvoit à l’intégralité de ses frais d’évacuation, d’hospitalisation et de rapatriement.

La radio, le téléphone – malheureusement hors de prix – mais aussi le fax qui, prodige de notre fin de siècle, a donné une nouvelle dimension à la communication entre les hommes. La postière se contente de vendre des timbres et de les tamponner.

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La pêche en mer, la conduite de la petit unité de congélation, l’entretien des cheptels bovin et ovin, la culture maraîchère, les travaux d’intérêt général… Tristan n’a guère d’autres mamelles pour nourrir et occuper ses trois cents et quelques habitants dont l’existence est fatalement assez morne.

L’avenir ? Bien malin qui pourrait le prédire. Il ne faut pas compter sur le tourisme qui ne revêtira jamais ici qu’un aspect confidentiel, tant il est difficile de rallier l’île et d’y prendre pied. Bien que les Tristanais ne souhaitent pas être envahis, les artisans locaux y trouveraient leur compte car leur production locale, et en particulier les lainages tricotés main, est d’une exceptionnelle qualité. La pêche à la langouste, dont de trop fortes quantités ont été prélevées au cours des dernières années, marque le pas depuis deux ans, sans compter que la part pêchée par les insulaires reste tributaire de l’état d’un océan trop souvent furieux.

Principal pourvoyeur d’emploi, le « gouvernement », comme il est coutume de la désigner ici, se montre bien parcimonieux en matière de salaires. Ceux-ci sont en effet plafonnés à 20 £ (160 francs français) par semaine, tout juste de quoi se payer bière et cigarettes et faire, de temps à autre, quelques emplettes de première nécessité dans l’unique magasin qui s’intitule pompeusement « supermarket » mais qui n’en mérite assurément pas le titre. Voyager avec un si faible pouvoir d’achat ? Impossible ! Au fait, pour de rendre où ? Sujets mais non pas citoyens britanniques, les Tristanais ne sont admis au Royaume-Uni qu’en qualité de visiteurs, et encore pour une durée limitée. Tous en conçoivent un profond dépit et n’admettent pas, eux qui fêtent avec ferveur l’anniversaire de la reine et font figurer son effigie sur leurs timbres, d’être traités en Anglais de seconde zone.

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